Philosophie

Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes – Jean-Jacques ROUSSEAU

Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes - Jean-Jacques ROUSSEAU dans Philosophie discours-sur-l-origine-et-les-fondements-de-l-inegalite-parmi-les-hommes-130112Résumé

Paru en 1755, le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes peut être considéré comme la matrice de l’oeuvre morale et politique de Rousseau : il y affirme sa stature de philosophe, l’originalité de sa voix, la force de son « système ». Résoudre le problème posé par l’Académie de Dijon, « quelle est la source de l’inégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la loi naturelle ? » en d’autres termes expliquer que riches et puissants dominent leurs semblables sur lesquels ils n’ont pas de réelle supériorité, exige aux yeux de Rousseau de poser à nouveaux frais la question « qu’est-ce que l’homme ? ». Pour cela, il faut comprendre comment s’est formée sa « nature actuelle », si éloignée de ce que serait son état de nature : « Si je me suis étendu si longtemps sur la supposition de cette condition primitive, c’est qu’ayant d’anciennes erreurs et des préjugés invétérés à détruire, j’ai cru devoir creuser jusqu’à la racine… »

Mon avis

Un magnifique ouvrage ! hautement recommandable, que la précision et la clarté rendent lisible et abordable malgré la complexité du sujet évoqué, et où Rousseau, de façon éblouissante, nous amène à découvrir et à comprendre pourquoi et comment l’inégalité, à l’origine presque inexistante, est devenue, au fil des temps, avec le développement des connaissances et de l’esprit, du Droit de propriété et des Lois, aussi démesurée. De nos sociétés, entre le meilleur et le pire, les vices et les vertus, les sciences et les erreurs, découle, selon Rousseau, une multitude de mauvaises choses sur un petit nombre de bonnes. L’invention des sociétés a altéré l’Etat de Nature de l’homme et a fait de lui, entre autres, un être policé capable de vendre ce qu’il a de plus précieux au monde, à savoir sa liberté, pour un peu de tranquillité (« la plus aveugle obéissance est la seule vertu qui reste aux esclaves ») ou pour devenir lui-même un tyran : « D’ailleurs, les citoyens ne se laissent opprimer qu’autant qu’entraînés par une aveugle ambition et regardant plus au-dessous qu’au-dessus d’eux, la Domination leur devient plus cher que l’indépendance, et qu’ils consentent à porter des fers pour en pouvoir donner à leur tour. » Pour Rousseau : « L’homme originel s’évanouissant par degrés, la Société n’offre plus aux yeux du sage qu’un assemblage d’hommes artificiels et de passions factices (…) et n’ont aucun vrai fondement dans la Nature (…) L’homme sauvage et l’homme policé diffèrent tellement par le fond du coeur et des inclinations, que ce qui fait le bonheur suprême de l’un, réduirait l’autre au désespoir. »

Mais cet ouvrage ne s’arrête pas là, et la pensée de Rousseau va beaucoup plus loin, le philosophe imaginant (annonçant presque, tel un prophète) les conséquences futures découlant des inégalités multipliées (et celles-ci proliférant sans cesse, ses intuitions de 1754 en rapport avec l’avenir peuvent parfaitement se reporter jusqu’à notre temps, surtout dans le contexte actuel de l’Europe) et ses propos à cet égard restent à méditer : « (…) On verrait la multitude opprimée au-dedans par une suite des précautions mêmes qu’elle avait prises contre ce qui la menaçait au-dehors. On verrait l’oppression s’accroître continuellement sans que les opprimés pussent jamais savoir quel terme elle aurait, ni quels moyens légitimes il leur resterait pour l’arrêter. On verrait les Droits des Citoyens et les libertés Nationales s’éteindre peu à peu, et les réclamations des faibles traitées de murmures séditieux (…) C’est du sein de ce désordre et de ces révolutions que le Despotisme, élevant par degrés sa tête hideuse et dévorant tout ce qu’il aurait aperçu de bon et de sain dans toutes les parties de l’Etat parviendrait enfin à fouler aux pieds les Lois et le Peuple, et à s’établir sur les ruines de la République. Les temps qui précéderaient ce dernier changement seraient des temps de troubles et de calamités : mais à la fin tout serait englouti par le Monstre et les Peuples n’auraient plus de Chefs ni de Lois, mais seulement des Tyrans (…) C’est ici que tous les particuliers redeviennent égaux parce qu’ils ne sont rien, et que les Sujets n’ayant plus d’autre Loi que la volonté du Maître, ni le Maître d’autre règle que ses passions, les notions du bien et les principes de la justice s’évanouissent derechef. C’est ici que tout se ramène à la Loi du plus fort, et par conséquent à un nouvel Etat de Nature différent de celui par lequel nous avons commencé, en ce que l’un était l’Etat de Nature dans sa pureté, et que ce dernier est le fruit d’un excès de corruption. »

Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes est un livre passionnant, enrichissant, à lire absolument si vous vous intéressez à l’humanité et à sa condition, si vous voulez comprendre son cheminement, et c’est aussi une excellente façon de découvrir la pensée et la grandeur d’âme de Rousseau ! et ce sans trop souffrir au niveau de la lecture.

A propos de F.

Un lecteur qui vous invite à découvrir ses lectures, qui les partage et en parle avec vous.

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