Essai

Sexe et Caractère – Otto WEININGER

Sexe et Caractère - Otto WEININGER dans Essai o5rr6vRésumé

Dans son livre Sexe et Caractère, Weininger affirme et essaye de prouver scientifiquement que tous les êtres humains sont composés d’une association entre une substance masculine et une substance féminine. L’aspect mâle serait actif, productif, conscient et moral/logique ; son pendant féminin serait passif, improductif, inconscient et amoral/alogique. En ce sens, la dualité masculin/féminin est une version de la dualité métaphysique traditionnelle esprit/chair.

Cette dualité masculin/féminin que Weininger reconnaît en chaque individu est associée à une thématique morale qui témoigne d’une forte influence d’Emmanuel Kant : chaque individu a le devoir de parvenir à un dépassement de sa composante féminine ou charnelle au profit de sa composante masculine ou spirituelle, ce qui résonne comme un écho à l’impératif catégorique kantien prescrivant au sujet de dépasser sa partie sensible au profit de sa partie intelligible. Weininger soutient que cette émancipation devrait être réservée aux « femmes masculines », par exemple à certaines lesbiennes, et que la vie d’une femme serait consumée dans la fonction sexuelle, à la fois par l’acte, comme prostituée, et par le produit, comme mère. La femme serait ainsi un « unificateur. » À l’opposé, le devoir de l’homme ou du moins de l’aspect masculin de la personnalité, serait de s’efforcer d’être un génie et de surpasser la sexualité au profit d’un amour abstrait de Dieu, l’absolu, qu’il trouverait en lui-même.

Mon avis

Certainement l’un des livres les plus déroutants et dérangeants que j’ai lu de ma vie. Dans la catégorie essai j’entends. Le développement des idées proposées ici, et leurs conclusions stupéfiantes, qu’on les partage ou non ; l’intelligence, la spiritualité, l’intuition, la maîtrise des grands concepts philosophiques et des domaines de la psychologie et de la caractérologie ; la culture phénoménale (littérature et musique dont il puise parfois des exemples pour étayer ses théories) d’Otto Weininger, qui a écrit ce livre à 21 ans (publié en 1903) relèvent tout simplement du génie. Malheureusement, et malgré des conclusions, comme je l’ai dit, ici et là stupéfiantes de sagesse et de profondeur – je pense à ses arguments sur l’homme en tant que forme et sur la femme en tant que matière, sur son interprétation du péché originel, de l’hystérie, sur la démystification de la Dame et de ses valeurs morales et du féminisme, et bien d’autres points, comme la judaïté ou la christiannité) malgré cela, donc, la fin du livre reste à mon avis une impasse. Une terrible impasse, car on ne peut pas adhérer à ses conclusions. À la fin du livre, on a l’impression qu’il faut absolument rebrousser chemin, dans l’esprit, sans quoi l’on risque de dépasser le point de non-retour de la raison. Mais sans pour autant tout rejeter en bloc, bien au contraire. C’est le paradoxe de ce livre. La conclusion de Weininger sur les femmes, et sur les hommes, est triste et me peine. Pour lui je veux dire. J’ai eu pitié de ce jeune homme trop profond, trop pur peut-être pour une existence en tant qu’être humain, et créant pour lui-même sa propre malédiction. Et je me dis que s’il en est arrivé au suicide, simple hypothèse, c’est soit parce qu’il s’est rendu compte que toute sa thèse ne pouvait pas tenir devant la réalité et que sa vision de la femme était trop « effrayante » pour être vraie, soit parce qu’il n’a pu tolérer l’idée de vivre avec ce qu’il avait découvert et cru profondément sur la femme. En écrivant ce livre, Otto Weininger a déclenché le compte-à-rebours de la bombe enfouie dans son esprit. On ne peut pas écrire ce livre à 21 ans et en ressortir indemne, surtout avec le recul et en le relisant après l’avoir écrit… continuer de vivre si l’on ne revient pas sur certains points fondamentaux. Le système de logique dans lequel il était l’a tué.
J’ai le sentiment d’un énorme oui, mais d’un plus énorme encore non à la fin de la lecture de ce livre, qui, malgré tout, reste une œuvre véritablement saisissante, transcendante, et, à notre époque, politiquement incorrecte à mort.

A propos de F.

Un lecteur qui vous invite à découvrir ses lectures, qui les partage et en parle avec vous.

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