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Le livre de ma mère – Albert COHEN

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Ce livre est gorgé de chagrin et de désespoir. Écrit avec simplement et avec légèreté, pour que tout puisse y être bien exprimé, dans un langage beau, limpide, puissant, mais si triste que s’en est parfois insupportable. Je me suis retrouvé dans Albert Cohen, dans sa mère aussi curieusement, dans laquelle, c’est évident, j’y ai vu ma propre mère.

Le livre de ma mère est celui de nos mères, mais aussi le livre de la mort et de la perte inconsolable, dont l’écrivain parle avec les mots qui ont le don de nouer la gorge, de transpercer notre propre intimité, le secret de notre âme, nous rappelant notre triste et incompréhensible condition à tous, ce qui donne des passages proprement déchirants, comme lorsque l’écrivain s’adresse directement à Dieu pour lui demander quelle est au juste cette farce de la vie et de la mort que nous affrontons tous. Ce livre est donc une immersion dans le chagrin, les souvenirs, faisant affluer avec eux tous les détails auxquels nous ne faisons pas attention lorsque les êtres que nous aimons sont en vie mais qui reviennent nous hanter terriblement lorsqu’ils disparaissent et nous laissent seul, perdu, orphelin, déglingué. Un extrait qui souligne bien ce sentiment :

« Je la connais, la douleur, et je sais qu’elle n’est ni noble ni enrichissante mais qu’elle te ratatine et réduit comme une tête bouillie et rapetissée de guerrier péruvien, et je sais que les poètes qui souffrent tout en cherchant des rimes et qui chantent l’honneur de souffrir, distingués nabots sur leurs échasses, n’ont jamais connu la douleur qui fait de toi un homme qui fut. »

Je vous conseille fortement la lecture de se livre qui se lit très vite, sauf si vous avez tendance à déprimer et si vous n’aimez pas plonger dans des états mélancoliques, mais il me semble qu’il faut vraiment le lire. Au moins une fois. Moi j’ai aimé le message que Cohen laisse à tous les fils du monde à la fin du livre (« Les fils ne savent pas que leurs mères sont mortelles ») et je lui suis reconnaissant d’avoir écrit avec ses viscères ce chant d’amour consacré à Maman, tout simplement.

Un dernier passage émouvant – et ils le sont tous, le livre étant constitué de courts chapitres fait de petits textes espacés.

« Et d’ailleurs, nous les oublions vite, nos morts. Pauvres morts, que vous êtes délaissés en votre terre, et que j’ai pitié de vous, poignants en votre éternel abandon. Morts, mes aimés, que vous êtes seuls. Dans cinq ans, ou moins, j’accepterai d’avantage cette idée qu’une mère, c’est quelque chose de terminé. Dans cinq ans, j’aurai oublié des gestes d’elle. Si je vivais mille ans, peut-être qu’en ma millième année, je ne me souviendrais plus d’elle. »

A propos de F.

Un lecteur qui vous invite à découvrir ses lectures, qui les partage et en parle avec vous.

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