Classique

Anna Karénine – Léon TOLSTOÏ

Anna Karénine - Léon TOLSTOÏ dans Classique 9jor2hRésumé : Anna n’est pas qu’une femme, qu’un splendide spécimen du sexe féminin, c’est une femme dotée d’un sens moral entier, tout d’un bloc, prédominant : tout ce qui fait partie de sa personne est important, a une intensité dramatique, et cela s’applique aussi bien à son amour. Elle n’est pas, comme Emma Bovary, une rêveuse de province, une femme désenchantée qui court en rasant des murs croulants vers les lits d’amants interchangeables. Anna donne à Vronski toute sa vie. Elle part vivre avec lui d’abord en Italie, puis dans les terres de la Russie centrale, bien que cette liaison ‘notoire’ la stigmatise, aux yeux du monde immoral dans lequel elle évolue, comme une femme immorale. Anna scandalise la société hypocrite moins par sa liaison amoureuse que par son mépris affiché des conventions sociales.

Mon avis : Une grande fresque, avec son lot d’émotions et de personnages. Contrairement à ce que l’on pourrait croire à cause du titre, tout le roman (860 pages) ne se concentre pas uniquement sur Anna, au contraire, nous avons le plaisir de nous attacher à des personnages aussi variés que  le sympathique et insouciant Stépane Arcadiévitch, le farouche et tourmenté Levine, le comte Vronski – l’amant d’Anna – la famille Scherbatsky et notamment Kitty (épouse de Levine) et Dolly, et d’autres encore, qui tous, dans la tourmente ou dans le bonheur, sont pris à part et examinés avec beaucoup de soin par Tolstoï, de telle façon que l’on se sent vraiment proche de leurs préoccupations et de leurs interrogations. Je me suis retrouvé dans tous ces personnages en question, troublante et agréable sensation.

Ce roman traduit bien les pensées et les inquiétudes de Tolstoï vis-à-vis des questions morales, spirituelles et sentimentales. Tolstoï fait corps avec son oeuvre, on sent vraiment qu’elle fait partie de lui, il l’imprègne tout entière et réciproquement. Nous le retrouvons à travers tous ses personnages, cela saute aux yeux une fois que l’on a lu sa biographie. Comme dans Guerre et Paix, Tolstoï nous fait passer des salons aristocratiques insouciants, hypocrites et décadents, outrageusement luxueux et où le champagne coule à flots malgré les dettes et pertes d’argent aux jeux – monde à la fois admiré, tourné en dérision et méprisé par Tolstoï qui en restitue toutefois une atmosphère joyeuse et lumineuse – aux scènes de vie à la campagne, avec ses parties de chasse magnifiquement dépeintes, ses discussions philosophiques, politiques ou plus légères autour de l’amour et du mariage.

La bonne chair, la paysannerie, la simplicité des ouvriers, la nature, font aussi partie du grand tableau tolstoien, comme de coutume. L’humour intervient de façon récurrente également, et s’exprime subtilement, à l’aide de personnages venant traverser temporairement le roman et qui marquent par des détails physiques ou par leur personnalité exubérante, comme l’excellent mais quelque peu encombrant Veslovski qui apporte dans le récit une bouffée d’air fraîche. On entendrait presque Tolstoï rire dans sa barbe !

Quant à Anna, elle est belle, tragique, intelligente, trop pleine d’amour, trop fragile, trop intense, et c’est ce qui la mènera à sa perte. Anna et ses boucles brunes, ses mains ornées de bagues, sa grâce, sa légèreté, sa silhouette charnelle… femme mariée tranquille amorçant son déclin psychologique à partir du moment où Vronski entre dans sa vie. On ne parvient pas à l’aimer vraiment, mais encore moins à la détester, tout comme son mari Alexis Alexandrovitch, que l’on plaint… sans vraiment le plaindre. Personnage pathétique, que l’on suit tout de même avec intérêt, mais que l’on délaisse sans remords se perdre dans ses paperasses politiques et administratives et dans sa conception du monde.

La fin du livre est d’une grande intensité dramatique, où l’on rêve d’intervenir pour arranger les choses mais où tout nous échappe absolument, comme du sable entre les doigts, comme si le sens tragique de la vie d’Anna ne pouvait être contré par aucune force possible. J’ai donc beaucoup aimé, l’écriture de Tolstoï et la façon dont son histoire et ses personnages se mettent en place, prennent forme et se mettent à exister est tout bonnement impressionnante. Ceci dit je classe Anna Karénine en dessous de Guerre et Paix, qui fait 1000 pages supplémentaires et dont l’aspect historique et guerrier apportait à mon avis un petit plus à l’oeuvre. C’était un roman plus lumineux, un véritable océan. Anna Karénine est une oeuvre sombre, où les sentiments paraissent plus confinés, plus fiévreux, plus étouffants.

Pour conclure je cite les réactions de Strakhov et de Dostoïevski après la publication de la septième partie du roman, d’abord diffusé en feuilleton dans une revue.

Strakhov : « La dernière partie d’Anna Karénine a produit ici une impression particulièrement forte, une véritable explosion. Dostoïevski agite les bras et dit que vous êtes un dieu de l’art. » Lettre du 18 mai 1877.

Dostoïevski :  »Anna Karénine est une perfection en tant qu’oeuvre d’art ; elle est venue juste au bon moment et rien dans la littérature européenne de notre époque ne peut lui être comparé. Par l’idée qui le guide, ce livre présente des caractères qui n’appartiennent qu’à nous, à notre peuple, très précisément ceux qui constituent notre originalité en face du monde européen. »Oeuvres t. II.

A propos de F.

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