Classique

La Philosophie dans le boudoir – D.A.F. de SADE

couv42171730 Résumé : Cachez cet auteur que je ne saurais voir. J’ai nommé le marquis de Sade. Grand absent des anthologies scolaires, Sade fut longtemps le paria de la littérature française. Et pourtant, c’est bien de littérature qu’il s’agit et d’éducation qui plus est. La Philosophie dans le boudoir, chef-d’œuvre du divin marquis, est le plus ambitieux des manifestes du libertinage jamais écrit. Avec Sade, l’acte accompagne toujours la théorie et il est plaisant de voir son Dolmancé, mâle incroyablement membré dans la pleine possession de ses moyens, éduquer la jeune Eugénie, 15 ans à peine, aux acrobaties du corps et à la gymnastique de l’esprit. Confiée aux mains de Mme de Saint-Ange et de Dolmancé, Eugénie, élève douée, progresse très vite dans le domaine du plaisir. « Nous placerons dans cette jolie petite tête tous les principes du libertinage le plus effréné, nous l’embraserons de nos feux, nous l’alimenterons de notre philosophie », annonce Mme de Saint-Ange. Au terme de 300 pages voluptueuses, la jeune fille ignorante sera devenue experte et aguerrie en philosophie du plaisir. La Philosophie dans le boudoir n’est pas un classique de l’érotisme, c’est le livre fondateur, la Bible du plaisir qui pourrait faire passer le Kama Sutra pour une simple fiche technique. – Denis Gombert

Mon avis : Un livre intéressant, au-delà de toutes les scènes porno dont il est jonché – ou plutôt des tableaux, comme les appelle Dolmancé – intéressant parce qu’il y a une logique implacable dans la pensée de Sade, une logique destructrice qui est importante à analyser selon laquelle nous ne faisons que répondre aux besoins de la nature : rien n’est bon, rien n’est mauvais, la nature ne reconnaît pas plus la souffrance que le plaisir, ce dernier étant souvent la conséquence de la première, et il faut s‘y livrer entièrement, selon les goûts que celle-ci a placé en chaque individu. La forme de l’ouvrage est théâtrale, conçue en forme de 7 dialogues.

La leçon est donnée à une jeune fille de 15 ans, Eugénie, par Dolmancé, Madame Saint-Ange, Chevalier, le frère de celle-ci. Leur objectif : détruire toutes les barrières de la morale, de la vertu, présentée comme vice puisque allant à l’encontre de la nature dont Sade ne veut jamais refréner les instincts, et faire connaître à Eugénie tous les plaisirs du libertinage. Donc au programme : sodomie, inceste, fellation, branlette, le tout dans la bonne humeur et des positions que j’ai parfois eu du mal à visualiser j’avoue, ha ha. Avant et après chaque initiation, le personnage Dolmancé livre toujours sa vision des choses concernant la religion, la morale, le plaisir, le libertinage. Il y a aussi la lecture d’une brochure intitulée : Français, encore un effort, qui fait le quart du livre, et qui résume bien la pensée de Sade (pétrit de culture ! mine de rien, on apprend beaucoup de choses concernant les mœurs de plusieurs civilisations, plusieurs peuples) en matière de liberté et de mœurs, et là on a vraiment droit à de très bonnes réflexions, je trouve d’ailleurs que c’est la partie la plus intéressante de l’oeuvre. Le 7e et dernier dialogue est absolument horrible, et en raison de cela, on ne peut vraiment pas remettre entre les mains de quelqu’un de fragile ou de déséquilibré un tel livre. On ne peut pas se lancer dans Sade par hasard, sans avoir au préalable lu un peu de philosophie et d’anthropologie.

J’ai bien aimé ce livre, mais je suis tout de même content d’en sortir ! et même si je trouve Sade terriblement honnête, voire juste et droit en plus, dans sa vision de l’homme et de la nature, ma raison, ma nature, ma sensibilité, à moi, ne me permet pas de cautionner tout ce qu’il prescrit dans sa brochure Français, encore un effort, car c’est pour moi la vision de la déchéance humaine, de la déraison. Même si ce qu’il tente de démontrer se tient, à condition de laisser de côté l’affect et d’analyser froidement les choses. Mais je ne peux pas m’empêcher, en lisant Sade, de comparer sa pensée à celle du néo-libéralisme, pensée dominante du monde d’aujourd’hui, véritable dogme étouffant, et dont on connaît les effets dévastateurs, dont l’un des plus visibles est la déshumanisation de la société et des individus. Et rien que pour ça, je combats et dis non à la pensée ultra-libérale de Sade.

A propos de F.

Un lecteur qui vous invite à découvrir ses lectures, qui les partage et en parle avec vous.

4 Réponses à “La Philosophie dans le boudoir – D.A.F. de SADE”

  1. Le 4 septembre 2014 à 22 h 22 min Anaterya a répondu avec... #

    J’aime beaucoup lire Sade même si je trouve sa philosophie horrible, car au-delà de la notion de nature, il justifie systématiquement l’utilisation de la violence et le fait d’imposer aux autres sa volonté. Pour moi, ce mec est tout sauf le chantre de la liberté qu’on présente habituellement. Il n’a aucune empathie, aucune notion de l’autre, ne connait que son bon plaisir. Il est terriblement dangereux.

  2. Le 5 septembre 2014 à 0 h 20 min F. a répondu avec... #

    Oui il ne prend que ce qui l’intéresse dans la nature humaine. Il prend souvent l’exemple des animaux pour étayer son raisonnement, mais même chez les animaux il y a de la compassion, de la tendresse etc. Mais Sade est un libéral libertaire dans toute sa splendeur, sans aucune morale et en dehors de la raison, du bon sens. Il est sans limite, ce qui pose problème quand on sait que la liberté s’arrête là où commence celle des autres.

  3. Le 8 septembre 2014 à 22 h 43 min bibliovégévore a répondu avec... #

    voilà un auteur que je n’ose pas encore aborder…peut être une question de maturité ou le sentiment que je sais que je vais dans le fond désapprouver sa vision de la vie et de l’Homme. Comme tu le dis, sa philosophie est totalement dans l’air du temps. C’est peut être ce qui nous attend…

    Si tu devais conseiller une lecture de cet auteur, ce serait laquelle?

  4. Le 10 septembre 2014 à 0 h 03 min F. a répondu avec... #

    Je te conseillerai précisément celle-ci car c’est la seule que j’ai lue. Et je pense que ça me suffira. À la limite j’aimerai lire une bio sur Sade. Des lettres. Mais j’ai bien cerné sa vision du monde et je n’ai pas besoin d’en lire plus.

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