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À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU V : La Prisonnière – Marcel PROUST

couv3873573Avis : La continuité. Ce volume est presque un traité de l’amour et de la jalousie, le narrateur se penche particulièrement sur son histoire et sa relation avec Albertine qui n’est pas sans rappeler celle de Swann et d’Odette, dans le premier volume, une relation à la fois douce et tendre, voluptueuse, artistique, mais aussi mensongère, douloureuse, sous couvert de névroses et d’angoisses. Certaines pages sont à couper le souffle, celles par exemple où Marcel regarde Albertine dormir.

« En fermant les yeux, en perdant la conscience, Albertine avait dépouillé, l’un après l’autre, ses différents caractères d’humanité qui m’avaient déçu depuis le jour où j’avais fait sa connaissance. Elle n’était plus animée que de la vie inconsciente des végétaux, des arbres, vie plus différente de la mienne, plus étrange, et qui cependant m’appartenait davantage. Son moi ne s’échappait pas à tous moments, comme quand nous causions, par les issues de la pensée inavouée et du regard. Elle avait rappelé à soi tout ce qui d’elle était au dehors ; elle s’était réfugiée, enclose, résumée, dans son corps. En le tenant sous mon regard, dans mes mains, j’avais cette impression de la posséder tout entière que je n’avais pas quand elle était réveillée. Sa vie m’était soumise, exhalait vers moi son léger souffle.

J’écoutais cette murmurante émanation mystérieuse, douce comme un zéphir marin, féerique comme ce clair de lune, qu’était son sommeil. Tant qu’il persistait, je pouvais rêver à elle, et pourtant la regarder, et quand ce sommeil devenait plus profond, la toucher, l’embrasser. Ce que j’éprouvais alors, c’était un amour devant quelque chose d’aussi pur, d’aussi immatériel dans sa sensibilité, d’aussi mystérieux que si j’avais été devant les créatures inanimées que sont les beautés de la nature. Et, en effet, dès qu’elle dormait un peu profondément, elle cessait seulement d’être la plante qu’elle avait été ; son sommeil, au bord duquel je rêvais, avec une fraîche volupté dont je ne me fusse jamais lassé et que j’eusse pu goûter indéfiniment, c’était pour moi tout un paysage. Son sommeil mettait à mes côtés quelque chose d’aussi calme, d’aussi sensuellement délicieux que ces nuits de pleine lune dans la baie de Balbec devenue douce comme un lac, où les branches bougent à peine, où, étendu sur le sable, l’on écouterait sans fin se briser le reflux. »

Prochaine étape : Albertine disparue.

A propos de F.

Un lecteur qui vous invite à découvrir ses lectures, qui les partage et en parle avec vous.

Une réponse à “À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU V : La Prisonnière – Marcel PROUST”

  1. Le 20 septembre 2014 à 3 h 12 min klo a répondu avec... #

    Comment veux tu que je ne le tente pas?!
    Merci :) ton avis ne pouvait pas être plus efficace

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