Contemporain

Lolita – Vladimir NABOKOV

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Résumé

Humbert Humbert est en prison pour meurtre. Il raconte tout ce qui l’a conduit jusqu’ici, de son enfance avec son premier amour à sa rencontre des dizaines d’années plus tard avec Dolorès Haze une « nymphette » de 12 ans. Humbert est subjugué par la jeune fille et accepte même d’épouser la mère de Dolorès pour rester près d’elle. Jusqu’au jour où la « Grosse Haze » comme la surnomme Humbert découvre la vérité et meurt accidentellement. Commence alors un long voyage en tête à tête entre Humbert et l’adolescence.

Mon avis

Bon ben voilà. Alors je dirai une première partie pas mal du tout, agréable à lire (belle et riche écriture) rondement menée, qui commence dans une atmosphère très européenne au milieu de laquelle le narrateur nous plonge tout de suite dans le bain sur le ton de la confidence, qu’il utilisera jusqu’à la fin, avant de nous faire virer dans une ambiance typiquement américaine, celle des années 40 et des petites banlieues ensoleillées et tranquilles, en apparence tout ce qu’il y a de plus morale. Le développement de cette première partie est parfait : décor efficacement et sobrement planté, peintures grotesques et méprisantes au possible des personnages qui, pour le narrateur Humbert, sont strictement insignifiants (seule Lolita est belle et pure, seule Lolita le captive, est digne d’intérêt) immoralité, cynisme, humour noir, le tout détestablement subtil, les événements se succédant je dirai d’une façon assez diabolique jusqu’à sa tragique conclusion.

Puis vient un milieu un peu lourd, avec des hauts et des bas, un voyage à travers l’Amérique très détaillé, une énumération de 36 000 choses dont on se fiche un peu, qui font soupirer, mais parsemée de passages très beaux, d’autres comiques, d’autres obsessionnels et très inspirés, qui viennent nous secouer si l’on décroche et rehausser un peu le niveau assez plat d’une bonne partie du livre. Des moments un peu soporifiques donc couvrent pas mal de pages, mais au bout du compte, arrivé à un certain stade, on se dit que ces pages avaient tout de même un sens, qu’elles n’étaient pas si superflues que ça, car elles nous donnent la forte impression d’avoir accompli vraiment tous ces voyages et arrêts à travers les usa, surtout lorsque les lieux dénaturés et empoisonnés par la relation perverse et criminelle de Humbert et Lolita resurgissent vers la fin, en charriant avec eux des souvenirs et toute sorte de détails, aussi doux qu’oppressants. Comme tous les longs voyages, celui-ci engendre beaucoup de monotonie. Ce qui n’empêche pas de réaliser, à la fin, qu’on en a conservé des images très fortes.

Enfin les personnages sont vraiment pitoyables. La luxure est omniprésente mais aucun mot obscène, ni scène insupportable, simplement des moments qui mettent un peu mal à l’aise – on ne sait plus où se mettre face à ce couple, ni quoi penser de ce gâchis, on ne pense qu’à sortir au plus vite de leur intimité empoisonnée, et de leur virée sans but, si ce n’est celui d’une autodestruction morale. Plus on avance et plus le drame s’intensifie, la fin est quand même énorme, très violente et complètement bouffonne, et dans l’ensemble Nabokov a réussi à ne pas me faire détester ses deux personnages. Lui est un malade et elle une pauvre fille sans repaires. Je trouve Humbert imbuvable, salement calculateur, certes, son langage souvent pédant et futile à mon goût, son obsession débile et exaspérante, mais pourtant je n’ai pas réussi à le haïr, et j’ai été parfois pris de pitié pour lui. Il laisse jaillir hors de lui des fusées d’amour, de tendresse et de détresse qui ne laissent pas froid, qui viennent perturber, pour ne pas dire adoucir, les sentiments méprisables que l’on porte à son égard. Et là on se dit que Nabokov maîtrise vraiment bien la plume, la langue et les idées. Lolita, c’est juste une histoire déplorable, dévastatrice pour elle, mais pour lui aussi. Je ne dirais pas que ce roman m’a bouleversé, mais c’est clair qu’il fait partie des livres que tout grand amateur de littérature, je pense, se doit de lire un jour.

A propos de F.

Un lecteur qui vous invite à découvrir ses lectures, qui les partage et en parle avec vous.

2 Réponses à “Lolita – Vladimir NABOKOV”

  1. Le 28 janvier 2015 à 9 h 17 min Dareel a répondu avec... #

    Excellente chronique, je n’en pense pas moins, même si j’ai eu davantage de mal avec l’atmosphère gênante et le personnage de Humbert.

    • Le 30 janvier 2015 à 20 h 13 min F. a répondu avec... #

      Merci.

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