Poésie

Le Spleen de Paris – Charles BAUDELAIRE

41vBbooMmrLSuperbe recueil ! que je préfère encore aux Fleurs du Mal, même si ça n’est pas vraiment comparable. Le Spleen de Paris est composé de petits textes énigmatiques, beaux, plein de sens – qu’on ne fait parfois qu’effleurer du bout des doigts, dans Chacun sa Chimère, par exemple – fantastiques aussi, pénétrés de lumière et de noirceur, poèmes dont il ressort aussi bien des sentiments de détresse que de l’humour (La chambre double par exempleprovoque un bel éclat de rire grâce à une rupture comique inattendue après un début sérieusement rêveur) poème remplis de ces images fortes, très XIXe, d’un Paris miséreux qui évoque un peu Victor Hugo, faisant naître chez le poète la compassion et la tendresse (Le vieux Saltimbanque, Les yeux des pauvres) ; la rêverie est omniprésente, elle nous emmène dans lieux lointains et merveilleux, chauds et ensoleillés –  à l’opposé du Paris dans lequel déambule le poète –  ou encore auprès de femmes insaisissables, exotiques, recelant tant de mystères… Conclusion : un Baudelaire magnifique à lire. Que dis-je ! à boire, et sans modération.

Deux poèmes.

 

LES FENÊTRES

 Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
   Par delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.
   Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.
   Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.
   Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?

UN HÉMISPHÈRE DANS UNE CHEVELURE

Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l’odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l’eau d’une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l’air.
    Si tu pouvais savoir tout ce que je vois! tout ce que je sens! tout ce que j’entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique.
    Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l’espace est plus bleu et plus profond, où l’atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.
    Dans l’océan de ta chevelure, j’entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d’hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l’éternelle chaleur.
    Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d’un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.
    Dans l’ardent foyer de ta chevelure, je respire l’odeur du tabac mêlé à l’opium et au sucre; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l’infini de l’azur tropical; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m’enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l’huile de coco.
    Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.

A propos de F.

Un lecteur qui vous invite à découvrir ses lectures, qui les partage et en parle avec vous.

2 Réponses à “Le Spleen de Paris – Charles BAUDELAIRE”

  1. Le 19 mai 2015 à 21 h 45 min Eilarock a répondu avec... #

    Je ne connais pas ce reccueil mais il a l’air sympa
    J’adore les Fleurs du Mal, je devrais aimer celui là alors =)

    • Le 31 mai 2015 à 16 h 45 min F. a répondu avec... #

      Tu l’aimeras sans doute. Excuse-moi de valider seulement maintenant ton commentaire, je n’étais pas chez moi, et je viens de rentrer.

Ajouter votre réponse

Cometewaf |
Blogdeshojomanga |
Voulez-vous de mes nouvelles ? |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Skarbnica ciekawych artykułów
| Fragrancedepoesie
| Jm168540