Policier / Polar

Mr Mercedes – Stephen KING

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Résumé

Midwest 2009. Un salon de l’emploi. Dans l aube glacée, des centaines de chômeurs en quête d un job font la queue. Soudain, une Mercedes rugissante fonce sur la foule, laissant dans son sillage huit morts et quinze blessés. Le chauffard, lui, s est évanoui dans la brume avec sa voiture, sans laisser de traces.
Un an plus tard. Bill Hodges, un flic à la retraite, reste obsédé par le massacre. Une lettre du tueur à la Mercedes va le sortir de la dépression et de l ennui qui le guettent, le précipitant dans un redoutable jeu du chat et de la souris.

Mon avis

Stephen King, c’est un peu le Bruce Springsteen de la littérature américaine. Un homme qui utilise son savoir-faire, son talent de conteur, pour décrire, raconter, dans un « style pop » et accrocheur, l’Amérique du peuple, le quotidien des gens ordinaires, leurs repères : le quartier miséreux de l’autre côté du pont, le marchand de glace et sa petite musique rassurante déambulant entre les pâtés de maison, le magasin d’occase qui solde tout sur le point de fermer. Un maître pour nous peindre des personnages à peu près comme vous et moi, pour nous peindre l’Amérique des perdants et des cols bleus, mais aussi celle de la solidarité, de ceux qui savent se serrer les coudes et on le sens de la communauté, de la fraternité, et des responsabilités. Bref, de ceux qui ont le sens du patriotisme à l’américaine. King est un bon patriote américain, dans le bon sens du terme, un homme qui pratique et connaît le bon sens populaire et la vie communautaire américaine faite d’entraide et de bonne connaissance de ses voisins. Un américain hanté par le spectre du 11 septembre, qui revient planer souvent depuis quelques années dans ses écrits. On ne peut s’empêcher de penser en lisant Mr Mercedes à ce mal qui ronge l’Amérique : l’obsession du terrorisme et la paranoïa qu’elle engendre. Peut-être aussi un peu trop démocrate sur les bords le King : faut qu’il nous refourgue encore du Obama dans les pages de ce bouquin. Enfin c’est pas méchant. La Grande Dépression est aussi un autre de ces fantômes américains présent dans Mr Mercedes. Référence aux Raisins de la colère de Steinbeck au début du roman. King a l’art, aussi, de décrire avec une ironie et un humour très piquant, souvent jubilatoire, les travers de cette société américaine, et les conséquences de la globalisation et de la crise. Une société américaine malade de ses gadgets, de sa modernité, de son progrès, de sa télévision (« Il y a une autre de ces émissions de pseudo-réalité débiles qui passe à la télé. Cette fois, on pousse carrément de jolies filles à se prostituer pour un célibataire beau gosse qui a l’air d’avoir un QI de lampadaire. ») de son chômage de masse, de ses rêves empoisonnés et déçus, une société engluée dans ses paradoxes et ses contradictions, à tel point qu’une fois de plus, dans Mr Mercedes comme dans bon nombre de ses romans antérieurs, King flirte de très près, (et avec quel talent !) avec la satire sociale. Les passages entre Hodge et la femme-robot des répondeurs sur lesquels il tombe alors que quelque chose de grave risque de se produire sont un bon exemple de ces travers dont il est question plus haut. Ce roman pourra être vu à l’avenir, pour ceux qui aiment pousser l’analyse et qui ne se contenteront pas de lire ce roman comme un banal polar, comme un des (nombreux) témoignages de la décadence matérialiste en mal d’âme de ce début de 21e siècle, sous forme de littérature mainstream de plutôt bonne qualité.

Mais voilà, ce roman est avant tout censé être un polar, et c’est là, à mon avis, et comme on dit, que le bât blesse. Il manque je pense les éléments essentiels de ce genre : le suspense et le rythme, le truc qui augmente le rythme cardiaque, qui vous fait serrer le livre entre vos mains, qui vous fait tourner les pages sans vous en rendre compte. Qui vous tient en haleine. Pour ma part, je dois bien dire que j’ai souvent été dissipé durant ma lecture, j’ai souvent levé les yeux du livre pour penser à autre chose ou pour regarder les mouches voler. Cela sur un gros premier tiers du bouquin. Heureusement à partir du milieu du roman, les choses commencent un peu à s’emballer (ce qui n’est pas quelque chose de nouveau chez SK ; c’est sa manière à lui de pétrir son histoire et tout ce qui va dedans) le récit prend de la vitesse, de la vigueur, les détails et bavardages superflus et souvent assommants deviennent peu à peu un fond discret sur lequel se détache de plus en plus nettement l’essentiel : la traque de l’assassin, et alors seulement on entre dans ce qu’on peut appeler un petit suspense agréable, suffisamment nerveux pour enfin capter l’attention.

Au niveau des personnages, j’ai été « déçu » par l’intervention de Holly, l’hystérique de service, trop caricaturale à mon goût, qui devient à un moment donné trop envahissante, et qui finit presque par piquer la vedette à Hodges qu’on aurait aimé connaître plus à fond (cela viendra peut-être avec les deux autres tomes prévus de cette « saga Hodges & co »). Tous les personnages sont assez caricaturaux (plus ou moins), et semblent parfois sortir tout droit d’une série tv. C’est ce qui me déplaît un peu avec les derniers romans de Stephen King, ce côté série tv ou téléfilm qu’il y a dans leur développement, dans celui-ci précisément. King a trop bossé pour la télé et ça saute aux yeux. J’aurai aimé quelque chose de plus littéraire, quelque chose de moins évident, de moins facile. Je trouve que ses personnages manquent d’épaisseur, je les trouve trop sommaires ; en même temps, la narration est au présent, ce qui accentue l’effet scénario. Brady et sa mère (femme alcoolique pitoyable qui m’a tout de même fait pitié malgré ses « dérives maternelles ») me semblent être en somme les plus intéressants. Mais nous sommes dans un polar de 470 pages du genre assez expéditif, pas vraiment le temps de développer les caractères et de s’immerger dans leur vie quotidienne. Le portrait que King en tire n’en demeure pas moins réussi.

Ces deux-là (Brady et sa « môman ») sont les deux personnages qui apportent un brin de folie à la narration et noircissent l’atmosphère comme il se doit, la rendent toxique. C’est avec Brady que l’on passe les meilleurs moments dans ce roman, et pourquoi ? ben parce que c’est le cinglé de service et que, comme c’est souvent le cas en littérature, on s’amuse mieux avec les cinglés qu’avec les « gentils ». Ils sont plus captivants. Sa pensée : « Tous les préceptes moraux sont des illusions. Même les étoiles sont des mirages. La vérité c’est l’obscurité et la seule chose qui importe c’est de produire son manifeste avant de s’y enfoncer. Inciser la peau du monde pour y laisser une cicatrice. Ce n’est que ça, après tout, l’Histoire : du tissu cicatriciel. »

J’ai trouvé les quelques pages synthétisant son passé et celui de sa mère très intéressantes ; elles ajoutent un peu de profondeur à ces personnages et nous aident à mieux « comprendre » pourquoi ils sont devenus en partie ce qu’ils sont : elle, Deborah, imbibée d’alcool en permanence et quasi incapable de se mouvoir hors de son canapé (« Si j’étais son foie, pense Brady, je profiterais qu’elle est en train de ronfler la nuit pour m’échapper par sa bouche et foutre le camp d’ici. » ) ; lui accomplissant deux boulots à la fois, vivant en solitaire dans son sous-sol, n’attendant plus rien des hommes et de la société, juste sa macabre heure de gloire, atteint de migraines chroniques et partageant avec sa mère de sales petits secrets dont un dramatique. À côté d’eux, je ne me suis pas particulièrement attaché à Jérôme, sympathique mais un peu trop convenu pour moi, ce qui ne l’empêche pas d’en sortir des bonnes, de celles qui rassurent : « La vie est un trouble obsessionnel compulsif » répond-il à Holly qui lui dit être atteinte de TOC, ni même à Janey, aussi charmante soit-elle. Personnages trop prévisibles et qui n’ont rien d’intéressant à raconter. Hodges est le personnage qui m’a donc le plus plu avec Brady. J’aurai aimé que Hodges agisse plus en solo et entretienne une relation plus étroite avec le meurtrier à la Mercedes. Ceci dit, le roman est ce qu’il est. Un polar moyen penchant souvent vers le très bon, qui aurait mérité une plus forte dose de folie et d’énergie, mais qui ne manque pas d’intérêt, et encore moins d’humour, écrit par un vieux bourlingueur du roman, Stephen King, dont les qualités habituelles et évoquées en début d’article sont bien présentes. Mr Mercedes atteint donc, malgré mes réserves posées, le haut du panier du genre.

Deux choses encore : Stephen King a inventé les paroles d’une chanson de Boys Band dans ce roman. Elles sont encore plus pourries que les vraies ! Je me suis bien marré. Il a dû bien s’amuser lui aussi.

Et enfin, simple détail technique lié à la finition du livre : pour une fois le plastique de la partie inférieure de l’ouvrage ne s’est pas décollé ! ce qui d’habitude est très désagréable. Hourra ! Bravo Albin Michel !

F.

 

A propos de F.

Un lecteur qui vous invite à découvrir ses lectures, qui les partage et en parle avec vous.

9 Réponses à “Mr Mercedes – Stephen KING”

  1. Le 11 février 2015 à 20 h 32 min Léa Touch Book a répondu avec... #

    J’ai hâte de le sortir de ma pal ^^

    • Le 11 février 2015 à 22 h 40 min F. a répondu avec... #

      Et j’espère qu’il te plaira.

  2. Le 16 février 2015 à 21 h 40 min Tomodachi a répondu avec... #

    Arff…ce plastique qui se décolle, c’est vraiment une plaie, je suis d’accord… ;-)
    Toujours pas acheté celui-ci. En ce moment je lis Dr Sleep mais j’avoue que j’ai un peu de mal à rentrer dans l’histoire. Tu l’as lu celui-ci?

    • Le 17 février 2015 à 16 h 02 min F. a répondu avec... #

      Hey toi ! :) Ouais le coup du plastique c’est une révolution.
      Si j’ai lu Docteur Sleep ? oui bien sûr, l’année dernière déjà, quand il est sorti. Tu peux trouver mon article sur ce blog d’ailleurs. ;)

  3. Le 1 mars 2015 à 10 h 49 min chris a répondu avec... #

    moi Stephen j’ai du mal

  4. Le 1 mars 2015 à 13 h 47 min F. a répondu avec... #

    Tout dépend de ce qu’on attend dans le genre et si on est réceptif ou non à son style. Moi j’ai beaucoup plus de mal avec le Stephen King post-accident qu’avec celui d’avant.

  5. Le 8 mars 2015 à 12 h 39 min jaclyn a répondu avec... #

    Je n’ai jamais lu de livres de Stephen. C’est quel genre?

    Dernière publication sur Pas de nouvelles bonnes nouvelles : Une secrétaire en péril (Episode 12: Réflexions)

  6. Le 8 mars 2015 à 13 h 14 min F. a répondu avec... #

    Bah il est traditionnellement classé dans le genre Horreur/Épouvante, mais bon, il y a une dimension sociale dans chacun de ses romans, beaucoup de psychologie, beaucoup d’humour, d’humanisme. Il a aussi écrit des œuvres noires comme Chantier, Rage, Marche ou crève. Du fantastique, du surnaturel, survenant toujours dans un quotidien on ne peut plus ordinaire. L’enfance (sa magie, ses peurs, son innocence, ses découvertes) a aussi une très large place dans l’oeuvre de SK (cf. « Ça »)

  7. Le 11 août 2015 à 13 h 58 min Mina a répondu avec... #

    Je suis totalement passée à côté de ce titre. Je garde un mauvais souvenir, j’ai aimé le personnage de Brady mais pour le reste, je pensais souvent à autre chose en lisant ce livre.
    C’est rare quand il s’agit de Stephen King mais voilà. Surtout, je n’ai absolument pas vu le message sur la société américaine que tu décris si bien dans ta chornique.
    Je suppose que ce n’était pas le bon moment pour moi et j’ai sans doute mis trop de temps pour le lire.

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