Classique

L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche – Miguel De CERVANTES

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Très grand roman. Encore un qui ne vole pas sa réputation. 1120 pages, et elle se dévorent ! ou se dégustent, messieurs dames ! selon votre appétit chers lecteurs. Facile d’accès, la traduction doit y être pour beaucoup. 1120 pages légères mais profondes, divertissantes et instructives, signes particuliers des romans de qualité selon le bon curé de cette histoire, et ami de don Quichotte.

Inventif, burlesque à souhait, parfois très violent, violence provoquant souvent des éclats de rire tant elle surgit inopinément – je pensais à ces moments là à certains passages du Sacré Graal des Monty Python d’ailleurs, comme celui avec la caverne et le lapin – loufoque, mais aussi poétique, théâtral, rempli de farces et de leçons pleines de sagesse, aussi bien données et apprises par les grands que par les humbles.

On ne voit plus la chevalerie et toute l’imagerie médiévale qui l’enveloppe de la même façon après avoir lu don Quichotte. En effet, les chevaliers errants des grandes épopées sont ici tournés en dérision, et avec eux leurs exploits, leurs amours, leurs chansons. Mais c’est aussi cette poésie chevaleresque et bucolique, qui inspire en partie la plume de Cervantès, imprègne les pages de Don Quichotte, omniprésente et somptueuse, et avec laquelle il replace le genre, après l’avoir déboulonné, à sa place la plus sérieuse, avec tout le côté tragique et les grandes envolées lyriques, lorsque surviennent des histoires comme celle de Marcelle la bergère : récit chargé en mystère et en émotion, il offre à la fin un monologue enflammé, inspiré, dont il ressort à mon avis quelque chose de sublime, sonnant comme une claque retentissante sur les joues des poètes éperdus d’amour mais aussi rongés de haine devant les rigueurs des belles sur lesquelles ils ont jeté leur dévolu.

Je me demandais au départ comment allait se déployer un si long roman se présentant comme une suite de chapitres souvent très courts, s’enchaînant les uns après les autres avec autant de souplesse, ne semblant pas raconter autre chose que les énormités et divagations quichotiennes, et parfois un peu répétitifs. Et puis voilà qu’au fil des chapitres, toujours bien amenés et tout aussi attrayants les uns que les autres, invitant le lecteur par des passerelles ingénieuses à aller toujours plus loin aux côtés de ses héros, une foule de personnages apparaissent et permettent à l’auteur de digresser, de sortir de la simple histoire de don Quichotte afin de raconter celles de ces personnages qui croisent la route du chevalier errant et de son génial écuyer. Des histoires pleines d’aventures, riches en rebondissements, en amour, en passions, qui nous emportent sur les mers, dans des lieux exotiques, chez les Maures, dans des palais, des jardins, sur des bateaux, etc, pour notre plus grand divertissement.

Donc l’impression finale est celle d’un grand voyage aux côtés de deux personnages extraordinaires, m’ayant fait passer d’une auberge à l’autre, d’un sentier à l’autre, d’une clairière à une autre, allant de folie en folie, de rencontre en rencontre, en leur agréable et délirante compagnie, me régalant de leurs échanges, si bêtes et si profonds, de leurs états d’âme, de leurs réflexions, de leurs proverbes, de leurs hauts et de leurs bas successifs, me les rendant toujours plus touchants au fil des pages. Sancho Panza est un de ces personnages qui ferait reprendre goût à la vie à tous les malheureux de la terre, personnage si humain, ne voulant que le bien de sa mule, de son maître, trouvant dans une bonne miche de pain, un morceau de fromage et un bon matelas d’herbe tendre le meilleur des contentements ; lui si facétieux et gaffeur, si agréable à écouter, à suivre, notamment lorsqu’il devient gouverneur, l’un des grands moments figurant dans le tome 2 et durant lequel il fait preuve, malgré sa naïveté et son ignorance, d’une grande sagesse, se révélant bien plus avisé qu’on ne l’aurait cru. Et Don Quichotte. Comment ne pas l’aimer, comment ne pas éprouver de tendresse et de compassion à son égard ? comment ne pas être fasciné par cette folie qui le possède, lui si sensé, si érudit, si plein de grands raisonnements dès que sa conversation sort du cadre des romans de chevalerie ? qui le poussent à se fourrer dans tant de situations désastreuses et grotesques, humiliantes, pour l’amour de son incomparable mais surtout introuvable Dulcinée du Toboso et au grand désarroi du bon Sancho !

Une œuvre toujours d’actualité aussi, j’ai beaucoup pensé à notre époque et au retour d’une certaine censure établie par des gens s’auto-proclamant supérieurement moral et s’octroyant le droit de décider de ce qui est bien ou mal, quand à un moment, en tout début de roman, le curé du village de don Quichotte, en compagnie du barbier, de la gouvernante et de la nièce du chevalier, décident de se débarrasser de ses livres de chevaleries qui lui ont fait perdre la raison, tout en pesant le pour et le contre des livres en question, les quels méritent d’être lus et les quels doivent être jetés au feu. Tout ce qui suit fait réfléchir, car, après avoir jeté à travers la fenêtre plusieurs livres qui iront ensuite au bûcher, le curé s’aperçoit, au moment de s’en aller de chez don Quichotte, qu’un des livres qui devaient être brûlés est tombé sur le sol à ses pieds, et en le ramassant et le regardant attentivement, il se rend compte que le livre en question est un très bon livre ! Il dit à ce moment : quelle bêtise allions-nous faire ! Nous allions jeter au feu un excellent ouvrage ! En gros, voici ce que je retiens : choisissez : si vous voulez brûler un livre parce que vous le jugez mauvais ou estimez qu’il n’a rien à faire entre les mains du public, alors brûlez tous les livres. Si vous en sauvegardez un, sauvegardez-les tous. Car après tout, comme le fait remarquer Don Quichotte : « ll n’est pas si mauvais livre qu’il ne s’y trouve quelque chose de bon. Même dans les mauvais il y a encore quelque chose à prendre. » 

Voilà. Très grande histoire donc, des personnages qui vont s’enraciner dans mon cœur mais qui en attendant me manquent déjà énormément. J’ai la tête tout simplement pleine d’aventures, d’images, de phrases, de détails, qui se bousculent encore en moi et m’empêchent de revenir complètement à la réalité.

F.

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