Classique

Les Grandes Espérances – Charles DICKENS

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RÉSUMÉ : Elevé, à la mort de ses parents, par le redoutable dragon domestique que le Ciel lui a donné pour sœur, Pip (Philip Pirrip) semble promis à l’existence obscure d’un jeune villageois sans fortune. C’est compter sans la bienveillance des divinités tutélaires qui veillent sur son enfance. Car Pip a le privilège de vivre au milieu de créatures singulières dont l’existence seule accrédite la croyance au miracle.

Les « grandes espérances » qui portent le jeune Pip ne sont pas les aspirations prosaïques de l’Angleterre victorienne, sa recherche du confort ou de la respectabilité, mais bien les puissances du rêve qui nous font chercher le bonheur au-delà de la Sagesse.

MON AVIS

Merveilleux roman ! J’avais déjà lu du Dickens dans le passé, Les aventures d’Oliver Twist, roman que j’avais apprécié, mais sans que celui-ci ne me touche plus que ça. C’était il y a 10 ans et je lisais peu de littérature classique, je n’étais pas encore éveillé et réceptive à elle. Avec Les Grandes Espérances je viens de découvrir réellement Dickens, sa plume sensible, son art de l’observation, son minutieux sens du détail et sa façon très agréable de relater une histoire dans un style généreux, accessible et élégant, sans sombrer pour autant dans l’élitisme, histoire pleine d’humanisme qui, par certains de ses aspects, me rappelle un peu la parabole du fils prodigue, et que je vois comme une ode à l’amitié, à la modestie, mais aussi et surtout, au pardon.

Certains personnages sont rebutants : la sœur de Pip, Madame Joe, brutale, dure ; l’antipathique et instable Orlick, semblant toujours préparer un mauvais coup. Les autres sont touchants au possible et apportent de la lumière, de la chaleur : Joe, le forgeron au grand cœur, un peu simplet, le beau frère, ami et compagnon de souffrance du petit Pip enfant ; la timide et discrète Biddy, femme d’une grande gentillesse et pourvu d’un cœur aussi noble que celui du bon Joe ; ou encore le savoureux Wemmick, qui en son château et en compagnie de son Vénérable père, à eux deux très cocasses, nous offrent des moments de simplicité et de complicité avec le Pip sortit de l’enfance, à travers des tableaux victoriens typiquement anglais, magnifiquement peints par Dickens. Sa manière de décrire une physionomie et des manies sur un ton parfaitement comique, rigoureux, qu’elles expriment la bonté, la peur, l’hypocrisie, ou encore de décrire une atmosphère, qu’elle soit joyeuse ou lugubre, est proprement géniale : les décors des vieilles bâtisses anglaises du début du XIXe, éclairées à la bougie, idéals pour déposer ici et là des petites touches d’épouvante et d’angoisse ; l’ambiance des marais et du cimetière à la nuit tombée, inondés de brume et dans lesquels se cachent des prisonniers en fuite, les fers aux jambes ; une vieille dame cloîtrée dans une vieille demeure où toutes les horloges sont arrêtées : tout ceci contribue aisément à nous happer dans le roman, nous pousse à en savoir toujours plus sur ses personnages principaux attachants, énigmatiques, odieux (je pense à l’obséquieux personnage Pumblechook) pathétiques (Mlle Havisham, la vieille dame figée dans son passé) et à le lire jour après jour avec infiniment de plaisir, d’autant plus que, même si le roman n’est pas l’épopée à laquelle je m’attendais, je trouve que c’est presque aussi bien et que l’une de ses grandes qualités, c’est de posséder ce fond policier avec une intrigue très bien tissée, de grande qualité, avec des rebondissements et des surprises intervenant lorsque l’on s’y attend le moins, et nous prenant de ce fait par surprise, ce qui renouvelle notre intérêt pour l’histoire quand celui-ci montre quelques signes de fatigue. Le roman ne s’écarte pas pour autant de la grande tradition romanesque de la littérature classique, avec tout ce qu’elle peut contenir de pathos, de réalisme romantique, de moralité, ou encore de poésie.

Je ne m’attendais pas non plus à tant d’humour, un art dans lequel excelle Dickens, qui a bien des occasions de s’en donner à cœur joie (dans les scènes au théâtre par exemple, avec le personnage Wosple, acteur raté, burlesque malgré lui) et ce même après des moments vraiment pénibles pour les personnages aux cœurs déchirés, comme si ces scènes avaient justement pour but de dégonfler les scènes les plus dramatiques, de les empêcher de noircir trop le roman. C’est ce qui fait que je trouve décidément ce roman très équilibré, léger, divertissant, tout en étant profond et humain. C’est une modeste leçon de sagesse et ses thèmes sont toujours contemporains. C’est qu’on aime dans la bonne littérature, que l’on puisse y trouver des réponses à nos propres questions, que l’on puisse y voir se refléter un peu de nous-mêmes et de nos propres vies. Les Grandes Espérances est un très bon et très beau roman, de ceux qui adoucissent un peu l’existence, et c’est avec enthousiasme que je le recommande.

A propos de F.

Un lecteur qui vous invite à découvrir ses lectures, qui les partage et en parle avec vous.

Une réponse à “Les Grandes Espérances – Charles DICKENS”

  1. Le 12 juillet 2015 à 23 h 00 min tomodachi a répondu avec... #

    Je n’ai pas accroché au style de Dickens dans Oliver Twist. Tout comme toi j’ai été déçue de ne pas ressentir les émotions auxquelles je m’attendais. Bien au contraire je suis restée insensible à la misère du jeune Oliver…Dans l’ensemble j’avais trouvé ce roman ennuyeux.
    Les grandes espérances redressent la barre? A voir… ;-)

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