Policier / Polar

Carnets noirs – Stephen KING

12669669_1042768079095687_8006207605780886300_n - CopieRÉSUMÉ : En prenant sa retraite, John Rothstein a plongé dans le désespoir les millions de lecteurs des aventures de Jimmy Gold. Rendu fou de rage par la disparition de son héros favori, Morris Bellamy assassine le vieil écrivain pour s’emparer de sa fortune, mais surtout, de ses précieux carnets de notes. Le bonheur dans le crime ? C’est compter sans les mauvais tours du destin… et la perspicacité du détective Bill Hodges.

MON AVIS

Carnets noirs est une belle réussite, que je place nettement au-dessus du dernier roman de Stephen King, Revival, mais aussi de Mr Mercedes, qui était le premier volet de ce que l’on appelle « la trilogie Bill Hodges », dont Carnets noirs est le second tome.

Bon d’accord c’est parfois un peu tiré par les cheveux, un peu facile. Et ce qui n’arrange pas les choses, dans ce roman dit « policier », « roman noir », « thriller » – c’est un mélange des trois, appelez-ça comme vous voulez, pour moi c’est hybride – c’est que l’on sait dès le départ qui est l’assassin, comment il exécute ses crimes, quelles sont ses motivations. Quand je dis que cela n’arrange pas les choses, je ne parle pas de la qualité du roman. Je le dis en ce sens qu’une fois que l’on sait tout cela, lorsque Bill Hodges et ses amis (Holly et Jérôme) interviennent dans l’histoire pour tenter d’éclaircir les points sombres, celle-ci perd un peu de son intérêt. Cette astuce fonctionne à merveille dans Columbo, mais moins bien dans un roman. Surtout pour la partie « enquête », que je mets entre guillemets car il ne s’agit même pas d’une véritable enquête comme on l’entend habituellement. L’intérêt de ce roman est ailleurs, je l’expliquerai plus bas.

Les investigations sont des prétextes pour faire intervenir, après la première partie, au bout de cent soixante pages, ces personnages sympathiques que sont Bill Hodges, Holly Gibney et Jerôme Robinson ; sympathiques certes, mais pas réellement attachants, et dont on sait si peu de choses ! Leur psychologie n’est pas travaillée et ils souffrent à mon avis de gros stéréotypes tout droit sortis d’une série tv (avec des dialogues creux, parfois cuculs) comme je l’avais déjà expliqué dans mon avis concernant Mr Mercedes. C’était le gros point faible de ce dernier et c’est aussi celui de Carnets noirs. Sans parler de tous ces tics de langage ado qui viennent « pourrir » régulièrement la narration. Est-ce dans la version originale ou est-ce un délire des deux traductrices ? 

L’histoire est simple : Morris Bellamy est un jeune homme de 23 ans, il est fan de la trilogie Jimmy Gold écrite par l’écrivain John Rothstein, il n’est pas d’accord avec la façon dont se conclue cette trilogie, bute l’écrivain et lui pique tous ses carnets et son argent cachés dans un coffre-fort. Pour des raisons que je n’évoquerai pas afin de ne pas spoiler, il décide d’enterrer son petit trésor sous un arbre, derrière la maison qu’il habite avec une mère absente, le temps d’être certain de ne pas être inquiété par la police. Morris finit tout de même en prison et se promet de retrouver sa malle remplie de carnets inédits et de billets lorsqu’il sortira.

Le problème c’est qu’entre temps, un gosse, Peter Saubers, va mettre la main dessus. Comment ? Ça, ce sera au lecteur de le découvrir. Et c’est là que je vais expliquer pourquoi j’ai aimé ce bouquin. La première partie est presque géniale. On est bien dans du Stephen King : l’ironie, la violence, la folie. On reconnait les décors kingiens : station-service au petit matin, déserte, parfaite pour se débarrasser d’indésirables, petite banlieue de la classe moyenne où la grosse voisine d’en face vous épie, un sentier au milieu des friches qu’empruntent les gamins pour aller au centre aéré, et puis un arbre penché au bord d’un ruisseau, idéal pour y planquer son butin – et faire par la même occasion un bon gros clin d’œil à L’Île au Trésor de Stevenson. La construction du récit est intéressante, le récit lui même a du souffle, il est chaud, et les longueurs, qui avec King proviennent souvent de la répétition de certains détails qui font augmenter le nombre de mots mais ne font pas avancer l’histoire, sont ici quasi absentes. Les descriptions sont minimalistes, mais nettes. Je me suis fait pour la première fois la remarque qu’avec Stephen King, on avait très peu de descriptions finalement, et qu’il se concentrait surtout sur ce que font ses personnages, sur leurs émotions, sur les décisions qu’ils prennent, puis sur leurs agissements. Quelques détails accrocheurs et importants nous sont montrés concernant l’environnement, des objets, des bâtiments ; ce sont des signaux, des balises, mais c’est l’imagination du lecteur qui fait tout le reste.

On alterne les époques : 1978 d’abord, lorsque Morris tue Rothstein, et les années 2010 lorsque le gosse met la main sur le trésor. Cette alternance a toute son importance, mais là encore, au lecteur d’en découvrir la finesse. Elle fait tout l’intérêt du début du roman, et sa mécanique diabolique donne le sourire, parce qu’elle nous laisse entrevoir comment les choses vont se dérouler, comment elles vont arranger les affaires des uns et empirer celles d’un autre, jusqu’à ce que Bill Hodges & co entrent en scène dans la deuxième partie du roman, quand le gosse, Pete, finit par avoir de sérieux ennuis. À ce moment là du roman, personnellement ça ne me réjouissait pas trop de voir débarquer l’équipe de Mr Mercedes, qui vient un peu casser l’ambiance du roman nous donnant jusque là l’impression d’être dans une nouvelle kingienne à l’ancienne, et du meilleur tonneau ! d’une qualité comparable à ce que l’on trouve dans Différentes saisons, à mon avis.

C’est que la première partie est consacrée à deux personnages bien plus intéressants que Hodges et les autres : Morris Bellamy, pour qui on parviendrait presque à éprouver, sinon de la sympathie, un peu de compassion (cf les années de prison) et Pete. Tous deux ont en commun un amour pour la littérature. Dans les deux cas, il naît de leur découverte respective de la trilogie Jimmy Gold. King s’amuse à dévoiler certains écrits contenus dans les carnets : extraits de romans inédits, lettres… à partir desquels on apprend un peu à connaître l’écrivain assassiné. Tout ceci permet à Stephen King de rendre hommage (cette fois la quatrième de couverture dit vrai) à la littérature américaine, à la lecture, et aux livres eux-mêmes, dont il est question d’un bout à l’autre du roman, pour notre plus grand plaisir, car en tant que lecteur, on ne peut que se sentir concerné par ce qu’éprouvent les personnages vis-à-vis des livres et des histoires. Il y a aussi ces passages avec le professeur de lettres de Pete, que j’ai trouvé très édifiants ; la façon originale dont il introduit son cours, la leçon qui s’en suit, sur ce qu’est un bon livre ou un mauvais livre et comment le lecteur doit garder son œil critique, etc. L’univers des collectionneurs et revendeurs d’éditions rares, qui s’intéressent parfois plus au livre en tant qu’objet très lucratif qu’à son contenu, est aussi évoqué, ce qui fait naître (mais sans trop les approfondir) des idées ou des dialogues passionnés, d’où perlent l’hystérie du fan et le cynisme de l’acheteur-revendeur.

Tous ces éléments font que Carnets noirs est plus qu’un simple roman à suspense. Avec ses réflexions sur la littérature et son pouvoir sur les lecteurs ; un méchant odieux branché lecture un brin plus fouillé et travaillé que Brady « Mr Mercedes » Hartsfield ; le contraste lumière-ténèbres obtenu dans la première partie grâce à l’ambiance sordide de l’univers carcéral où croupit Morris et celle, douce-amère, d’un enfant découvrant un trésor ; le fait de faire intervenir Bill Hodges et les autres dans la deuxième partie seulement du roman afin de pouvoir exploiter, dans la première, la question littéraire et établir, malgré eux, un lien mortel entre Morris et Pete, Carnets noirs représente pour moi une belle réussite, un roman sacrément bien fichu et digne d’intérêt. Pour couronner le tout, ce roman se conclut sur quelque chose de totalement inattendu, j’ai presque envie de dire « de dingue », qui devrait aboutir à un troisième et dernier volet logiquement… puissant. Encore faudra-t-il que notre rapport aux personnages soit plus fusionnel, et pour ça il faut les travailler, surtout Hodges, je pense qu’il le mérite !

Dernière chose. Le titre est trompeur et n’est pas bon. Les carnets ne sont noirs que par leur couleur, non par leur contenu. Le titre original aurait dû être traduit en Français : Finders Keepers = Qui trouve garde. Ça me paraissait plus logique, et plus original. La couverture aussi aurait dû être la même que l’américaine, plus en rapport avec le contenu, et dans la continuité  de celle de Mr Mercedes

La rédaction de ce billet m’a tué. Ici un mort, à vous les vivants.

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A propos de F.

Un lecteur qui vous invite à découvrir ses lectures, qui les partage et en parle avec vous.

6 Réponses à “Carnets noirs – Stephen KING”

  1. Le 19 mars 2016 à 15 h 47 min Mina a répondu avec... #

    Un billet très complet mais que j’ai quand même survolé parce que Carnets Noirs est encore dans ma PAL. J’ai un peu peur de l’en sortir car je n’avais pas vraiment apprécié le premier tome mais tu t’en doutes, je le lirai parce que c’est un Stephen King. En tout cas, ton avis est rassurant quand tu dis qu’il est meilleur que le premier tome (^-^)

    • Le 20 mars 2016 à 18 h 16 min F. a répondu avec... #

      J’espère que tu seras aussi « soulagée » que moi en le lisant. Autant Mr. Mercedes ne m’avait pas forcément donné envie de lire la suite, autant Carnets noirs me fait l’effet inverse. Il y a des chances pour que tu sois agréablement surprise. ;)

      • Le 23 mars 2016 à 15 h 04 min Mina a répondu avec... #

        J’hésite à relire le premier par contre, car ma lecture est loin, tu penses que c’est utile ?

        • Le 24 mars 2016 à 15 h 16 min F. a répondu avec... #

          Non, franchement tu n’as pas besoin de le relire. King revient sur les événements du premier tome tu verras.

  2. Le 13 avril 2016 à 9 h 43 min Mina a répondu avec... #

    ça y est, je l’ai lu et je l’ai trouvé bien meilleur que le premier (^-^)

    • Le 13 avril 2016 à 14 h 58 min F. a répondu avec... #

      Aaaah ben voilà ! Je suis content qu’il t’ait plu. C’est pas un chef d’oeuvre, c’est sûr, mais au moins il est bien au-dessus de Mr Mercedes. Qu’est-ce que tu penses de la fin alors ? hâte de lire la suite ? ;)

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