Poésie

Très haut amour – Catherine POZZI

9782070421053 (1)Née en 1882, morte en 1934, Catherine Pozzi est l’auteur d’une œuvre d’une extrême brièveté : quelques poèmes qui semblent autant de diamants soustraits au registre du temps. Au nom explicitement invoqué de Louise Labé, elle a su attacher son nom et offrir à la langue française quelques-uns de ses plus beaux, de ses plus sublimes chants d’amour. Ce recueil rassemble pour la première fois l’ensemble des textes de Catherine Pozzi à tonalité poétique, que ceux-ci aient forme de poèmes, de proses poétiques, voire de fragments de journal intime ou de lettres. Comme chez Paul Valéry, il y avait une «poésie perdue» dans les divers écrits de Catherine Pozzi. 

MON AVIS : J’ai été très touché par ce petit recueil de textes poétiques. Certains sont poignants :

Je ne sais pas pourquoi je meurs et noie
Avant d’entrer à l’éternel séjour.
Je ne sais pas de qui je suis la proie.
Je ne sais pas de qui je suis l’amour.

d’autres sont très intimes,  souvent énigmatiques, tous dénotent d’une grande sensibilité et d’une grande intelligence… on entrevoit à travers ses écrits (y compris dans les fragments de prose à la fin du livre) l’âme mystérieuse de Catherine Pozzi, avec un certain trouble, une certaine émotion… On y découvre la passion, l’amour, une quête intérieure, un rapport avec le Divin, des interrogations existentielles :

Est-il possible, ô chères vérités cachées,
Qu’une à une évanouies
(Ciels fugitifs ; fleurs seules ; regards ; désirs ; pensées)
Vous mouriez impitoyablement emportées,
- Sans retour, puisqu’en nulle âme reflétées, -
Ne laissant traçes vives ou pâlies ?…
…. Possible qu’il soit des harmonies
Sans échos, à jamais enfuies ?

Il y a des vers qui collent à la peau : 

Il ressemblait à l’absolu
J’ai tiré dessus.
Les plombs étaient en vérité
La poudre était en volupté
Je l’ai raté.

et tout en baignant dans une sorte de quiétude, on ne peut pas s’empêcher de ressentir du spleen en lisant ces poèmes. C’est pour moi une belle découverte – Catherine Pozzi n’a publié qu’un poème de son vivant – j’ai l’impression d’avoir fait un saut dans le passé et d’avoir découvert une belle personne, à tel point que parfois, j’ai eu envie de la prendre par l’épaule pour lui dire quelque chose, pour lui signaler ma présence. Je trouve aussi que ces poèmes devraient être lus dans la nature, pour mieux s’en pénétrer encore, ou dans un jardin ensoleillé.

ORGEVAL

Sur le cadran où le soleil et l’ombre
Vont marquer l’heure
Elle touche à la pierre chaude.
Ses doigts sont frais. Un rosier rôde
Près du disque gris qu’il effleure.
Jeu de la lumière et du nombre,
Instant, demeure !

L’herbe heureuse alentour est drue,
Porte les arbres.
Le très grand ciel s’est agrandi…
Jeunesse, où donc avez-vous fui…
Sous quels insurmontables marbres
Cette main nue ?

Le vent léger passe dans les vallées, -
Ici tout rêve, –
L’enfant debout s’appuie au Temps, -
Herbe, ciel, rose, ô dix-neuf ans !
Éternelle parmi la brève
De mes années.

 

A propos de F.

Un lecteur qui vous invite à découvrir ses lectures, qui les partage et en parle avec vous.

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