Classique, Les Rougon-Macquart

La Curée – Émile ZOLA

9782253003663-001-TMon avis

J’ai préféré le premier livre, La Fortune des Rougon, que je trouve disons plus épique, mais cette Curée n’est pas mal non plus. Dans ce roman nous sortons de la province où se déroulait la première histoire, et nous sommes directement placés dans le Paris du Second Empire. Dès les premières pages, les sentiments du personnage de Renée nous donnent une idée du chemin sulfureux que va prendre le roman.

Ici tout n’est que luxe, plaisirs de la chair et de l’argent. Dans ce roman, Zola se penche sur le cas d’Aristide Saccard, alias Aristide Rougon, et sur la façon dont celui-ci profite des transformations de la capitale – c’est l’époque des grands boulevards que l’on perce dans Paris à tour de bras suite au projet de modernisation de la ville mené par Napoléon III et Haussmann – pour spéculer, escroquer, magouiller, engranger de l’argent, que jamais il ne garde, puisque mangeant tout tout de suite, en homme vorace et instable qu’est Aristide. En bon Rougon en fait.  Zola en profite pour dénoncer les opérations immobilières crapuleuses sur le ton de l’ironie, et peint des portraits d’hommes et de femmes à peine caricaturaux, parvenus, gloutons, jouisseurs, profiteurs, vulgaires, des chiens se jetant sur les entrailles de la bête. 

D’un autre côté, il y a le cas de Renée Saccard, la magnifique épouse d’Aristide, dont Zola fera des descriptions quasi érotiques très réussies, un portrait riche, lasse des mondanités et à la recherche de nouveaux plaisirs, qu’elle goûtera et qui finiront par la dégoûter d’elle-même, la bourgeoise en elle, ce qu’elle est à l’origine, revenant régulièrement faire surface au milieu de toutes ses débauches et dépenses monstrueuses, pour mettre en évidence les aberrations de sa vie de mondaine décadente.

J’ai aimé ce roman, pas autant que le premier comme je l’ai dit, car celui-ci est un peu répétitif par moment, et si les descriptions sont sublimes, traitées comme un peintre qui reproduit ce qu’il voit avec son pinceau, je trouve qu’elles sont un peu longues, lorsqu’il s’agit de décrire des robes par exemple. Longues mais nécessaires aussi, comme celles de la serre, luxuriante, enivrante, étourdissante, lieu très symbolique, qui est comme un cœur qui palpite, et dont la place dans le roman a toute son importance. Longues aussi les histoires de magouilles de Saccard, dont on ne voit pas toujours très bien les rouages, mais savoureuses aussi par le ton que prend Zola pour nous les expliquer, sans parler des images qu’il tire de ce délirant voleur de Saccard : « Il lui semblait qu’une mer de pièces de vingt francs s’élargissait autour de lui, de lac devenait océan, emplissait l’immense horizon avec un bruit de vagues étrange, une musique métallique qui lui chatouillait le cœur ; et il s’aventurait, nageur plus hardi chaque jour, plongeant, reparaissant, tantôt sur le dos, tantôt sur le ventre, traversant cette immensité par les temps clairs et par les orages, comptant sur ses forces et son adresse pour ne jamais aller au fond. »  

Donc malgré ces petites réserves, je ressors de ce roman satisfait, et admiratif du travail de Zola qui sait décidément très bien où il va, on sent que rien n’est laissé au hasard, que tout est parfaitement ordonné dans son esprit, ce qui rend la lecture plutôt aisée, et la fin de ce roman, comme celle de La Fortune des Rougon, est une fois de plus réussie en produisant sur nous un léger sentiment de malaise et de spleen. 

Voilà pour le deuxième roman de la série. Le prochain en avril : Le ventre de Paris.

 .

A propos de F.

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