Classique

La Conquête de Plassans – Émile ZOLA

9782253008941-001-TDans ce quatrième volume des Rougon-Macquart, l’on voit apparaître ce personnage de l’abbé Faujas, qui débarque un jour dans cette ville de Provence, avec sa vieille mère, avec presque rien, dans la plus complète humilité matérielle. Il a en réalité un rôle à jouer, une mission à accomplir, au lecteur de la découvrir.

Ce que l’on voit ici, c’est comment un homme, François Mouret (de la branche des Macquart) un bourgeois ayant réussi sa vie commerçante, vivant confortablement, dans sa petite maison, cultivant son petit jardin, avare et colérique, certes, mais pas méchant du tout, marié à une bonne épouse restant au foyer et passant son temps à faire de la couture au milieu de ses enfants, comment cet homme va devenir peu à peu un étranger dans sa propre maison aux profits d’inconnus sans gêne, voleurs et profiteurs, avec la complicité de tous ceux voulant soi-disant le bien de sa femme, Marthe, qu’ils persuaderont d’être une malheureuse. 

Cette émancipation – c’est là qu’est l’ironie – passera par sa soumission au prêtre et par sa dévotion, laquelle atteindra son paroxysme au cours de scènes d’une grande intensité psychologique et dans lesquelles Zola révèle en profondeur la nature féminine.

Tous ceux autour de Marthe qui auront hypocritement voulu son bien (dans leurs intérêts à eux !) n’auront en réalité que contribué à l’enfoncer dans le désespoir et la folie. Je ne peux pas en dire plus mais l’engrenage que Zola a mis en place est purement satanique. Plus on avance dans le roman, très facile à lire, en raison de ses très nombreux dialogues et de descriptions beaucoup moins développées que dans les trois précédents romans, et plus votre sentiment d’injustice se développe, plus le dégoût vous gagne. Antoine Macquart l’avait prédit : « Comment, mon garçon, tu loges des curés chez toi, maintenant ? Et il a un œil singulier, cet homme. Prends garde : les soutanes, ça porte malheur ! »

Ce roman est une leçon magistrale de manipulation, où l’on voit comment les hommes et les femmes se servent des uns et des autres dans des luttes d’intérêts impitoyables, aboutissant à de terribles drames humains.

La Conquête de Plassans, c’est aussi un moyen de voir le rôle essentiel que joue la femme dans la domination patriarcale dont elle sait profiter et tirer avantages. Complicité d’une poignée d’hommes et de femmes dans la domination de masses d’hommes et de femmes, le but étant toujours de pouvoir se servir sa grosse part du gros gâteau bourgeois. 

Dans leur amour pour l’ordre moral et l’autorité religieuse, dans leur besoin d’admirer des hommes capables de leur appliquer une main de fer à la nuque surtout s’ils portent la soutane et sont capables de répondre aux attentes de la nature féminine (la douceur, l’amour, la compassion, mais aussi la fermeté, l’autorité…), ces femmes confites en dévotion sont prêtes à se laisser guider et à mettre un tel homme sur un piédestal. 

Mais certaines sont d’une hypocrisie sans bornes. Chez elles, l’apparence fait presque tout et elles s’en servent dans un objectif de domination. Intelligentes et manipulatrices (Madame de Condamin et Félicité Rougon sont redoutables chacune dans leur genre, la jeune beauté et la vieille sèche), ces femmes guident Faujas dans son ascension, en lui prodiguant toutes sortes de conseils, comme celui de la mère Rougon, qui en dit long  : « Rappelez-vous ce que j’ai dit… Plaisez aux femmes si vous voulez que Plassans soit à vous. » La femme connaît la femme, et explique à l’homme comment celui-ci doit procéder pour dominer celle-ci. La démonstration faite dans ce roman par Zola est magistrale, et l’on voit bien que la domination dite patriarcale n’est pas faite que par les hommes et pour les hommes, mais bien avec la complicité des femmes, capables d’ailleurs de déconstruire cette domination lorsqu’elle ne va plus dans le sens de leurs intérêts. On en revient toujours là : les intérêts.  

Ces personnages complices vont finir par nouer des alliances entre familles politiques opposées dans le but de se débarrasser d’une opposition légitimiste gênante, de réduire en peau de chagrin les républicains, et de faire triompher le bonapartisme (Second Empire) mais, cynisme suprême, sous couvert de neutralité : « Je ne me mouille pas, je suis d’accord avec tout le monde, je suis une girouette et je vais dans le sens du vent », le but étant que cette poignée de bourgeois s’arrangent entre eux et accèdent encore à des postes, conservent leurs intérêts et gardent la main mise sur la ville de Plassans. C’est ce qu’ils font encore aujourd’hui. 

La Conquête de Plassans est incontestablement mon préféré des quatre premiers Rougon-Macquart que j’ai lus jusques à présent. Ce roman est très solide, bien portant, comme l’écrivait Flaubert dans une lettre à Zola après l’avoir lu, et se lit presque comme un roman à suspense, les derniers chapitres comportant des pages saisissantes, de celles qui peuvent revenir vous hanter. 

La suite en août avec La faute de l’abbé Mouret

A propos de F.

Un lecteur qui vous invite à découvrir ses lectures, qui les partage et en parle avec vous.

Pas encore de commentaire.

Ajouter votre réponse

Cometewaf |
Blogdeshojomanga |
Voulez-vous de mes nouvelles ? |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Skarbnica ciekawych artykułów
| Fragrancedepoesie
| Jm168540